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 Papa, j'ai trouvé quelqu'un d'intéressant.

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Ethan Millers

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MessageSujet: Papa, j'ai trouvé quelqu'un d'intéressant.   Dim 23 Sep - 19:44

Suite de <là>


Sortit du Minuit Moins Deux dix minutes plus tôt, Ethan entra dans sa voiture sans se presser, tourna la clé, fit ronronner le moteur. Il s’appuya confortablement contre le siège moelleux capitonné en s’allumant une cigarette longue, enlevant son chapeau et le posant sur le siège voyageur avec le reste du paquet de tabac. Pensivement, il observait les gens qui s’affairaient autour de lui. Cette Greta était « intéressante », comme aurait dit Vassili…

Il fallait qu’il lui en parle. Quelle heure était-il ? Il jeta un coup d’œil aux aiguilles de sa montre qui défilaient studieusement : 21h 14. Baissant le frein à main et levant un peu le menton pour faire sa manœuvre de sortie, il se surprit à sourire, joyeux d’aller parler de toute cette histoire à son paternel, tirant son levier de vitesse sur la marche arrière et pressant subtilement sur la pédale d’accélération pour mettre en mouvement sa Pontiac Grandville.





Bureau de Vassili Liekaterinev
21h54


Ethan entra dans le bureau comme à son habitude, l’air peinard et plaisant. Vassili fumait près de la fenêtre, assit dans son fauteuil. La lune le rendait diaphane, fantomatique, presque fragile à observer et pourtant …. Il tourna calmement son regard vers Ethan lorsqu’il l’entendit entrer, balayant cette atmosphère doucereuse et volatile comme on chasse de la main un moustique ou un souvenir. Son fils connaissait bien ce regard pesant et toute la lourde tension qu’il y avait derrière mais à chaque fois, il souriait avant de ne plus avoir l’impression de pouvoir le faire et le saluait de la façon la plus naturelle possible.


- Salut P’pa. J’ai des nouvelles pour toi !
- Bonsoir. Quoi comme genre de nouvelles ? interrogea le parrain, un sourcil levé.
- Bah, y’a un article sur les canards super intéressant qui a été écrit dans le j…
- Ethan.
- Ouais alors en fait, j’ai croisé Melle de L’Hesperanz tout à l’heure…
- Où ça ? questionna Vassili en entendant ce nom.
- En me promenant ? Tu me laisses finir ? Tu vas de nouveau me démonter tout mon récit…
- En te promenant où ?
- Dans la rue ? sourit Millers.
- Tu te fous de moi ?
- Boah, c’est presque ça à quelques détails près… C’est bon là ?
- Va-y, soupira Vassili se demandant ce que ce mouflet avec encore bien pu foutre comme connerie.


Ethan lui raconta finalement les détails de sa vadrouille, ce qu’il s’était passé au casino et ce qu’il avait vu de la douce Greta sous l’œil et l’ouïe attentive de son père qui entrelaçait ses doigts doucement avant de poser son menton délicatement dessus.


- Alors ? Intéressante … ?
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Papa, j'ai trouvé quelqu'un d'intéressant.   Dim 23 Sep - 21:27

Vassili décroisa lentement les mains, affichant un demi-sourire amusé. Il se leva, écrasa sa cigarette dans le cendrier ouvragé du secrétaire puis saisi une bouteille de scotch qu’il avait emprunté chez un connard un peu lent à régler ses dettes. Il remplit deux verres, passant le premier à Ethan, s’arrêtant un instant sur le sien, absorbé par la couleur ambré profonde du liquide. Distillation alchimiste.

« Hé… Les fils de putes. Je passe mon temps à fréquenter les plus grands trous du cul de ce monde, mais les alchimistes, à chaque fois, c’est hors concours. Nazdrovié !
- Au banquier des trous du cul! » Répliqua le jeune homme en levant son verre. Vassili parti d’un grand rire, attrapa Ethan par l’épaule et poursuivit :
« Donc ?
- Agitée, peut être dangereuse, ce serait pas mal qu’elle te rencontre. Elle est plutôt méfiante, si tu l’invites sans Vasken elle va se faire des idées, si tu l’invites avec lui c’est lui qui va s’en faire…Il se chie dessus à l’idée que t’apprennes pour ses pertes. Une soirée avec un peu de beau monde ça devrait les mettre en confiance.
- Ils se sentent plus à l’aise pour parler de ce qui ne doit pas être entendu dans le bruit des conversations.
- L’habitude de la Cour.
- L’habitude de se torcher dans la soie surtout. On verra ça samedi soir à la petite fête merdique du Sénateur. Je veux que tu sois pas loin ok ? Vasken a ce vieux fond de Gentleman concernant les femmes… et s’il est aussi à cran que tu le dis…
- Ok patron !»

Appuya Ethan d’un mouvement de tête, répondant à l’accolade de Vassili. Il se détacha, attrapa son chapeau d’un geste ample et se dirigea vers la sortie. Vassili s’assit à son bureau, balançant ses impeccables chaussures de cuir sur une pile de dossiers et siffla le poinçonneur qui se retourna à temps pour réceptionner une épaisse liasse de billets.

« La suite viendra quand on aura fini de refourguer la marchandise. Ton tuyau sur les fonds Dystrisian c’était le coup de l’année. »

Le jeune homme esquissa un salut théâtral assorti d’un large sourire charmeur. « Tire-toi …», soupira Vassili amusé. Petit con…Quasiment visionnaire, il avait du talent. Vassili croisa les bras, songeant au pactole salvateur que représentait le détournement Dystrisian. Le tout cumulé sur le nouveau filon de Leonna pour faire circuler la poudre depuis Herakleo, c’était inespéré dans le bordel qu’était devenue les affaires depuis Holsten Street.

Les politicards étaient à cran et menaient la vie dure aux casinos et aux dealers, et la Panacée peinait à adoucir les mœurs. Rencontrer Greta de L’Hesperanz dans cette situation revenait à prendre un risque diplomatique. Vasken pouvait se retourner brusquement et filer dans les jambes des d’Alimbertes en pensant qu’on essaierait de faire pression sur lui avec sa poule…Non, il n’avait pas assez de couilles, il était trop prudent.
Vassili ricana, s’allumant une nouvelle cigarette - après avoir toussé à s’en arracher les poumons- et tapota le mégot sur le rebord du cendrier. Prendre des risques à la con pour des bénéfices quasi inexistants, ça faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé…


***

L’immense salon du Sénateur grouillait de monde. Les hommes tirés à quatre épingles, gominés, brillants. Les femmes engoncées dans des masses de tissus précieux, arborant fièrement leur parures Vervains . C’était répugnant. Une masse de snobes baignant dans le fric familial depuis des années. La race des enfoirés qui tiraient les ficelles et faisaient de la légalité leur arme absolue. Ils n’étaient rien par eux même.
Vassili serra encore une main, découvrant ses dents blanches dans un large sourire chaleureux. Le chef de la police lui tapa sur l’épaule et lui présenta d’un vaste geste sa femme et sa fille. Un vieux boudin enrubanné de mousseline rouge et une créature avachis, typiquement cyberpolitaine, qui lui jeta un coup d’œil abruti et concupiscent. Vassili pensa un instant que laisser cette imbécile croire en ses charmes et l’attirer dans une pièce à part pour lui refaire le portrait serait un bon moyen de rappeler au commissaire que, 25 ans auparavant, c’était sur la gueule qu’on lui tapait, en lui hurlant de balancer ses complices et de dire où le pognon était planqué, pas sur l’épaule. Il salua avec un air affable le duo de morue puis se dirigea vers l’escalier gigantesque qui surplombait la salle. Perché là-haut il pourrait à satiété écouter les rumeurs des esprits et prendre la température de la haute société technopolitaine, « mieux qu’un thermomètre rectal » aurait dit Ethan.

***

Elle arrivait enfin, seule.
C’était une superbe femme qui prenait en chair et en os toute sa dimension, dépassant l’air hautain et froid que lui donnaient les photographies. De petite taille elle grimpait sur de hauts talons assortis à une robe de soirée d’un vert de lin élégant à la coupe étudiée, à la gorge ample largement dénudée et engageante. Elle retira d’un geste à la grâce maitrisée le chapeau à bords larges et le foulard de soie qu’elle abandonna à un garçon, libérant une cascade de cheveux sombres et bouclés, puis avança dans le grand hall. Le port altier, la démarche séduisante, chaque geste procédant de la noblesse de sa nature, elle détonait dans cette assemblée de bourgeois. Vassili demeura un instant figé, cloué comme souvent par les êtres disposant d’une réelle légitimité, d’une supériorité tangible…Qu’aucune de ses magouilles lucratives ne lui apporterait jamais. Quoi qu’il arrive, lui continuerait de sentir le sang, la ruelle sale : un œil averti pouvait le voir se déplacer avec la prudence furtive des animaux traqués et déceler derrière le visage avenant la précarité et la bassesse des origines.
Il silla dans la foule et l’interpella enfin :
« Mademoiselle de l’Hesperanz »
Elle se retourna posément, levant lentement vers lui ses yeux de chatte. Son visage était harmonieux, à l’image de sa personne, le trait délicatement peint de sa bouche s’étira en un discret et charmant sourire. Elle avait quelque chose de familier, quelque chose de Nina, de Sophia…Quelque chose de Septentrionin. Il ne lui semblait pourtant pas que les de l’Hesperanz aient eu un quelconque lien avec le Nord. Son trouble s’effaça en un instant, affleurant à peine à la surface lisse de son masque. Il inclina sa belle tête de quarantenaire et ajouta avec déférence:
« Vous me faites regretter de ne pas avoir entreprit de vous rencontrer plus tôt… »
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Greta de l'Hesperanz

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MessageSujet: Re: Papa, j'ai trouvé quelqu'un d'intéressant.   Mar 25 Sep - 14:29

Le gratin amassé dans le hall donna à la jeune femme l'impression d'entrer dans un zoo. Les requins de la finance dans leurs costumes noirs tous identiques, cigare à la bouche, les fouines, les renards, les porcs. Greta ne fit même pas attention à leur femmes. Ils n'ont pas le goût du raffinement, pensa-t-elle. Plus ils deviennent puissants plus ils deviennent grossiers. Ici c'est le monde à l'envers : les guignols tirent les fils. 
Elle salua deux ou trois connaissances d'un air distrait. Elle voulait aller droit au but. Elle entendit son nom et se tourna.



Vassili Liekaterinev se tenait au milieu de la mare, droit, élégant et méchamment séduisant. Son regard de glace l'élevait au dessus des autres tel un tigre impitoyable, crachant sur eux avec un sourire parfait et terrible. Il régnait sur son terrain de jeu, et Greta venait d'y poser le deuxième pied. Au moment où il la transperça du regard elle sut qu'elle venait de se faire clouer sur le damier. Elle venait de perdre en quelques secondes le peu de liberté qui lui restait. Mais qu'importe. Dame ou pion, elle s'y était mise d'elle-même et était prête à accepter les règles, aussi terrifiant que soit le maître du jeu.

Ce dernier s'approcha d'elle et la salua.

« Vous me faites regretter de ne pas avoir entreprit de vous rencontrer plus tôt… »

Greta ne fut pas dupe de son jeu de séduction mais trop habituée à feindre ses expressions faciales, elle eut peine à prendre un air naturel. Comprenant que face à lui elle n'y arriverait pas, elle s'y laissa entraîner et ne répondit que par un sourire faussement timide.
Vassili l'entraîna dans un coin tranquille du grand salon où, verres à la main, ils discutèrent de choses et d'autres et notamment de la Panacée. De temps en temps, la jeune femme se faisait saluer par une « connaissance » qu'elle poignardait du regard une fois le dos tourné.
Elle savait pourquoi Vassili l'avait invitée et leurs discussions ne faisaient que repousser le moment où il mettrait les cartes sur la table.

« Ça vous dirait d'aller prendre un verre sans être obligée de saluer un putain de connard toutes les deux minutes ? » proposa-t-il d'un ton impératif rendu encore plus malsain par son sourire « aimable ». Greta ne put s'empêcher de soupirer.

« Oui. »

Ils se levèrent, fendirent à nouveau la foule et Vassili la guida dans un petit salon à l'étage. Greta jeta un vague coup d'oeil aux hommes qui discutaient dans la pièce enfumée. Lorsqu'ils sortirent sur un sec "Ok, tirez-vous" de la part de leur patron, Greta reconnut l'homme du casino, probablement son second à en juger par leur coup d’œil entendu. Il avait bien fait son travail car voilà qu'ils étaient à présent seuls dans un pièce où tout, absolument tout était destiné à la mettre mal à l'aise.
La fumée du tabac, les alcools forts sur la table basse, la lumière jaune du lustre. Ambiance typiquement masculine et étouffante, à laquelle Greta ne céda pas.
Tandis qu'il s'installait dans un fauteuil, verre de vodka à la main, la jeune femme entreprit de se préparer un drink. Le poids du regard de Vassili n'altéra pas la précision de ses mains d'alchimistes qui préparèrent en deux minutes un cocktail parfaitement dosé.

« A peine assez forte pour vous, cette Vodka non ? » dit-elle en piquant une olive pour la plonger dans son verre « Votre masque est très impressionnant. »

Le rire sarcastique du tigre résonna dans ses oreilles.
« Pas plus que le tien. Dis moi, ça t'amuse de faire le travail des autres? »

La première carte était posée. Celles de Greta étaient trop faibles et inutiles. Elle ne voulait pas répondre autrement que par la vérité.

« Ça dépend. »
« Ça dépend ? … Ça dépend de quoi ? »

Il se leva, alluma une cigarette et s'approcha d'elle. Elle se remémora soudain la fois où elle s'était faite punir, à l'Académie. Elle avait onze ans et avait fabriqué son tout premier produit, et l'avait versé dans l'eau des animaux du parc. Le soir même le gazon était parsemé des cadavres des bêtes et elle avait subi, en plus des coups de martinet, deux semaines d'enfermement dans une pièce sinistre de l'école, avec du pain sec, de l'eau et des devoirs à n'en plus finir.
Ce soir-là, en face de Vassili, ce souvenir lui parut risible. Elle ne se rappelait plus de la tête du professeur qui l'avait traumatisée mais il devait sûrement ressembler à un gentil lutin en comparaison.

La voix du tigre la ramena à la réalité.
« C'était une démonstration très impressionnante il parait, vraiment » dit-il en applaudissant. « Et ça t'as plu? »
Elle haussa les épaules. « Non. »

Bien sûr que non. Elle ne se souvenait plus de ce qu'elle avait ressenti en agissant dans le bureau de Vasken, elle se souvenait à peine de la lueur du rayon de soleil sur le scalpel d'argent. Ça ressemblait à un mélange de vieux rêve et de souvenir, comme lorsqu'on agit sous l'effet de l'alcool. Et Greta se dégoûtait de ce dont elle ne se souvenait plus.

Le visage de Vassili se détendit tout d'un coup, prenant un air compréhensif qui ne manqua pas de surprendre la jeune femme. « Ce sont des choses qui arrivent. », dit-il. « Tu diras à ce cher Vasken qu'il n'y a aucun problèmes entre nous, évidemment. Tout va bien ». Il l'invita à s'asseoir, elle ne bougea pas. Elle avait juste envie de lui jeter à la face son sourire et son « tout va bien » et en même temps ne pouvait s'empêcher d'admirer la froideur de son regard et la rigidité de son visage. Il s'était rendu inaccessible et régnait sur tout. Il régnait sans noblesse, mais il régnait. Chose que tous les ducs et les marquis de Sperandei dans leur velours n'arriveraient jamais à faire parce qu'il n'avaient pas de tripes.
Elle-même n'avait pas de tripes parce que le milieu dans lequel elle avait grandi l'avait vidée de toute substance, laissant juste un morceau d'esprit pour briller en société et un corps à parer pour épater la galerie.

« Est-ce que vous pouvez comprendre que parfois, on fait des choses à contre-coeur ou avec dégoût, parce qu'on veut simplement aider ou protéger quelqu'un ? »

Elle ne s'était pas entendue parler, n'était même pas sûre de l'avoir dit. Les lieux et l'ambiance lui avaient vidé la tête.
« Et toi tu peux comprendre que c'est en réfléchissant les choses qu'on fait à contre-coeur qu'on évite qu'elles se retournent contre celui qu'on veut aider ? Ha ha... Sérieusement ? Tu sors d'où "Greta de l'Hesperanz ? De Gian peut être? »
Il l'invita -ou plutôt lui ordonna d'un geste à s'asseoir. Elle y consentit enfin et se força à regarder Vassili dans les yeux.

« dites moi tout de suite si vous avez l'intention de me faire flinguer et de jeter mon corps lesté dans la rivière, ce sera plus simple. Pour le reste, j'apprends vite. »
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Papa, j'ai trouvé quelqu'un d'intéressant.   Ven 28 Sep - 14:34

Il demeura impassible, la fixant en silence. Laissant les secondes s’égrainer lentement et distiller un poison que la jeune femme apprenait à connaitre depuis son arrivée à Consortium. La peur. Non pas la peur cauchemardesque, induites par les drogues, mais la peur humaine, bassement animale, qui saisissait les tripes et les retournaient. Celle qui poussait à vendre n’importe qui, à vider son sac, à se pisser dessus comme un gosse. Celle qui laissait imaginer la morsure d’une corde ou d’un couteau pénétrant les chairs, le craquement du larynx, l’odeur suivant le relâchement soudain des sphincters.
Le fier visage de Greta de l’Hesperanz palissait à vue d’œil. Sa lèvre inférieure trembla imperceptiblement, elle cilla plusieurs fois pour retenir ses larmes mais ne baissa pas les yeux. Le silence de la pièce pesait lourdement, ponctué par le lointain murmure de la soirée, par le bruit affolée de la respiration de l’alchimiste et par le battement sec et régulier de l’indexe de Vassili s’abattant sur le bois sombre de l’accoudoir.

Puis vassili secoua élégamment la tête et s’esclaffa brièvement, balayant son petit jeu d’un revers de la main. Elle s’était figée, aux aguets, crispée sur son siège prête à se sauver. Vassili savait cependant que les jambes de la jeune femme étaient coupées par l’angoisse, et que toute tentative de fuite serait vaine.

« Détendez-vous. Vous ne seriez pas ici ci j’avais ne serait-ce qu’envisagé cette possibilité. »

Elle retrouva en un instant son masque, affichant un petit sourire presque mutin comme si l’on venait de lui faire une farce un peu déplacée mais plaisante. Il lui tendit le bras, l’invitant à quitter la pièce. Elle s’accrocha à lui, la démarche hésitante mais fière, et se laissa guider jusqu’à l’escalier. Sur le pas de porte les flingueurs attendaient sagement. Ethan discouru en silence avec Vassili, comprenant que l’entrevue avait été satisfaisante, puis accorda un regard distant mais aimable à la jeune femme. Les autres regardaient le sol avec obstination pour éviter que leur patron ne capte la moindre intension sexuelle dans leur attitude –chose que ce type de poule de luxe ne manquait pas de déclencher chez les poinçonneurs un peu vifs des bas-fonds habitués aux putes sans grâce. Ils descendirent l’escalier en silence.

Arrivée dans le grand hall Greta se détacha lentement de lui, laissant un instant l’une de ses mains aux longs doigts effilés gantés de satin s’abîmer sur son bras. Elle ne manquait pas de volonté et si le message avait été clair, elle n’en sortait pas matée. C’était à la fois admirable de caractère et séduisant d’inconsciente stupidité. Vassili riva encore une fois son regard aux yeux émeraude de la jeune femme, imposant une dernière impression agréable à son esprit secoué de paradoxes, et la salua poliment avant se s’éloigner dans la foule.

***

Ethan traversa le perron de son pas guilleret et vint se camper à côté de Vassili qui s’allumait une cigarette, protégeant d’une main la flamme de la brise marine qui, à ces heures tardives, s’engouffrait jusque dans les boulevards de Consortium. Vassili souffla lentement un nuage de fumée blanche, caressant du pouce l’embout de la cigarette, faisant rouler entre ses doigts quelques grains de tabac sombres. Ethan calla à son tour une clope entre ses dents, les mains enfoncées dans les poches arrières de son pantalon regular fit de toile beige foncée, et soupira longuement :

« Alors ? Amusant ?
-Alchimiste.
- Comme Vlad, mais avec des seins, je vois.
- Avec des couilles et du charme. Vasken ?
- Il a pas bougé d’un poil. Planqué avec ses hommes. J’crois qu’il a pigé l’idée, il veut pas d’embrouilles. »

Le silence retomba entre eux, laissant place aux rumeurs assourdissantes de la ville. Un taxi passa en trombe devant la vaste maison du sénateur, soulevant des vagues parmi les flaques sombres de la rue qui vinrent lécher les jantes des voitures de luxes. Vassili contempla un instant sa duesenberg dual cowl phaeton dont la carrosserie bleue accrochait la lumière tranchée des réverbères

« Elle lui ressemble... Coupa Ethan.
- A Qui ?
-A ta femme. »

Vassili marqua un temps de réflexion. Son regard glissa lentement de sa voiture au jeune homme, puis il répliqua avec un amer sourire :

« Tu fais des progrès, mais t’y es pas encore. »



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