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 [Rétro] Insouciance brisée - 20 ans plus tôt

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Ethan Millers

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MessageSujet: [Rétro] Insouciance brisée - 20 ans plus tôt   Sam 29 Sep - 0:18

Il errait depuis bien longtemps maintenant. Ses jambes engourdies par la marche tremblaient sous le poids de son corps, devenant de plus en plus lourd à chaque pas. Les rues de Consortium paraissaient immenses, tristes et lugubrement malsaines pour un enfant de 9 ans laissé au milieu de cette souricière à mafieux. Il était seul et il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Son estomac se nouait douloureusement entre ses côtes, se compressant au fur et à mesure puis dans un grognement vide et une horrible tension, il se relâchait doucereusement, accablé par la frustration de ne pas recevoir de nourriture. Devoir avancer dans cet état là était juste insoutenable. Harcelé par la fatigue, la faim et la tristesse, un petit garçon esseulé ne pouvait contenir cet amas écœurant d’émotions négatives qu’était la haine, la frustration … Toute cette accumulation désagréable fit remonter hypocritement des larmes cristallines du fond de ses entrailles jusqu’à les forcer à perler le long de ses petites joues bouillantes, fiévreuses.

Il devait voler. C’était le seul moyen pour lui de pouvoir avaler un quignon de pain dur avant la fin de la journée. Jouer les braves devant sa sœur en lui clamant qu’il n’avait pas besoin de manger et qu’elle pouvait se rassasier était très altruiste mais certainement pas malin de sa part… Il ne le regrettait pas, il sourit. Il trouvera une solution. Ou un pigeon à plumer.


***

Un homme, élégant, fin, l’air combinard et ambitieux, aux cheveux noirs de jais, finement coiffés et aux yeux en amande d’un bleu digne d’un prédateur, habillé d’un pardessus en toile bleu foncé suggérant un costume dans les mêmes tons et d’un chapeau posé sur la tête à la va-vite, cigarette impertinente au coin de la bouche, sortit d’une ruelle et remonta l’avenue d’un pas net et assuré.

Sa stature et sa démarche imposaient une forme de respect aux yeux du gamin intrigué, amplifié par le brouillard matinal mourant qui donnait des allures d’animal à cet étranger… …avant de laisser place à un intense sentiment de défi et d’envie. Il l’observa un temps, fasciné par autant d’assurance. Les autres passants paraissaient ridiculement mornes, banales, anodins comparés à lui. Un tigre au milieu d’un champ de biches pensa le gosse. Sans s’en rendre compte et depuis un petit moment, il suivait cet inconnu à travers la ville comme un train suit ses rails. Il sortit tout à coup de son état de fascination profonde lorsque l’homme sortit son porte feuille de sa poche extérieure droite. Tout revint à l’esprit du môme d’un coup, l’incendie, la tristesse, la haine, la faim. Il eu un haut-le-cœur et laissa échapper un frisson incontrôlé.
Le portefeuille, il devait se concentrer sur son portefeuille qu’il l’avait vu ranger dans sa poche extérieure droite… Il se rapprocha doucement l’air de rien, comme un vulgaire gosse des rues, excité cependant par le risque que cela impliquait de voler. Au fur et à mesure qu’il approchait de la poche, la tension montait, faisant naître en lui de l’angoisse, de la peur mais aussi un brin de courage et de la détermination. Il ne voyait plus que la poche. Encore un pas… Encore un … il tendit sa main, son cœur accélérant son rythme cardiaque de façon frénétique, faisant picoter le bout de ses doigts chétifs, faisant se dilater ses petites pupilles alertes, strangulant sa gorge qu’il n’arrivait pas même à desserrer par un déglutis. Il avait chaud, il étouffait, il tremblait, il avait peur. Il appréhendait. Ses doigts se pincèrent délicatement sur le bout de cuir qu’il convoitait. Il y était arrivé !

L’atmosphère asphyxiante qui le poursuivait depuis quelques mètres s’envolait tout doucement, quittant son esprit dans un soulagement. Il leva les yeux vers le ciel comme pour le remercier… croisant le regard meurtrier de l’homme irrité. L’angoisse qui s’était tout à coup envolée, lui retomba dessus comme une pluie d’épées de Damoclès, impitoyable. Iil était tétanisé.

Avant qu’il n’eu compris ce qui lui arrivait vraiment, il se prit un revers de main qu’il aurait plutôt assimilé à un coup de planche de bois dans la tête qu’une simple et bonne grosse tarte. Ses oreilles sifflaient, il perdit l’équilibre et tomba fesses à terre, impuissant.
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: [Rétro] Insouciance brisée - 20 ans plus tôt   Dim 30 Sep - 15:36

Je réajustais mon feutre et remontais le col de mon par-dessus neuf, envahis par l’odeur de la teinture fraiche. Le tissu léger du costume tombant sur mes épaules, la chemise de lin à col thuléen, la cravate assortie et brodée, les chaussures satinées qui, enfin, ne me blessaient plus les pieds. Dans ma poche un écrin contenant un bracelet de cuivre roux perlé d’améthystes, un cadeau pour Nina qui à lui seul avait plus de valeur que l’ensemble de ma tenue. C’était ça que je voulais. Amasser de l’argent jusqu’à ce que mes poches en débordent, ressembler à Vlad et à ces types qui roulaient en Packard, être quelqu’un. A 21ans cramer des boutiques, dévaliser des camions, planter des gars juste pour l’Art ça m’suffisait plus…

Il fallait encore qu’il passe chez Big Charly, rapporter ce qu’il avait raflé chez Moe et ses potes. Ensuite il pourrait rentrer, profiter du WeekEnd avec Nina et son gamin, si elle ne se prenait pas encore la tête sur des révisions…Il ne comprenait pas bien où elle voulait en venir avec cette histoire de médecine, après tout dans quelques semaines il aurait ramassé assez d’argent pour qu’ils puissent déménager dans leur propre appartement, travailler ne lui servirait à rien.
Le tram s’arrêta dans un cahot. Vassili calla son paquet sous son bras, empoigna la perche qui divisait les wagons et sorti dans le brouillard automnale qui envahissait encore les ruelles de Consortium.

***

Quelques heures auparavant

Moe renifla bruyamment, calant son cigare entre ses épaisses lèvres rougeaudes. Il gratta son menton couvert de poils drus et sombres, jeta un coup d’œil à son jeu, passa en revu ses adversaires et lâcha d’une voix abimée par le whisky et la fumée :

« Je relance de 500 »

Des grognements de mâles épuisés s’élevèrent au dessus de la courte table de poker, dans l’atmosphère exigüe et enfumée de l’appartement 245. Les hommes étaient affalés sur leurs chaises, chemises débraillés, bretelles distendus. Les armes étaient laissées au rencard, plaquées contre les murs à la tapisserie croulante pour éviter qu’un mauvais joueur ne transforme la partie en carnage.

« Jme couche…
- La même ! »

Moe fixa ses petits yeux de fouine obèse sur le dernier joueur. Ils se dévisagèrent un instant, le roukmout renversa son feutre en arrière, releva sa lèvre supérieur dans une grimace dégoutée et lâcha :
« Jte sens pas Moe-la-gagne…Jte sens pas. Jme couche… »

Moe ricana, étalant devant lui son jeu de dupe sous les protestations des ses associés et plaqua ses deux gros bras épais sur le pactole qu’il fit glisser jusqu’à lui. La porte de l’appartement s’ouvrit alors sur la longue silhouette mal fagotée d’un jeune homme fin au visage blanchâtre dont les yeux clairs se posèrent rapidement sur chacun des joueurs.

« Vassiiiiliii ha ha ha ! » Beugla Moe en écartant largement les bras. Vassili, « lefty », le gamin prodige qu’il avait lui-même présenté à Vladimir il y avait maintenant presque dix ans. Un môme plein de ressources, sans compassion, qui trainait sa jolie gueule de nana d’un contrat à un autre. Ça faisait bien trois ans qu’il ne l’avait pas vu, depuis son dernier séjour prolongé chez les condés…. «T’es venu pour Big Charly ? Viens ! Viens t’asseoir un peu là ! »

Le regard de Vassili glissa lentement de Moe à ses associés qui s’étaient désintéressés d’eux et comptaient maintenant le pognon leur restant, il bloqua un instant sur la pille de billets qui couvrait la table, sur les vestes de costards impeccablement taillées et larguées comme des chiffons. Il avança sans bruit dans la pièce, referma la porte et se tourna de nouveau vers le gros bootlegger souriant :

« Pas aujourd’hui Moe… »

Alors que le visage de l’autre s’affaissait mollement, comprenant soudain le but de la visite de son bizut, Vassili dégaina ses M19 et tira trois coups d’une précision mortelle. Moe s’effondra en arrière, la carotide béante, alors que le jeune homme se tournait vers ses trois acolytes encore figés…


*

Vassili rengaina ses armes, ramassa le paquet emmailloté de tissu blanc pour Big Charly, rafla les billets de la partie (à vue d’œil plus de 6000 Astranaïa) et recula lentement vers la porte. Il jeta un dernier regard à Moe-la-gagne gisant au sol, les mains collées sur la gorge. Sa bouche s’ouvrait et se refermait spasmodiquement, ses jambes étaient secouées de soubresauts lourds et désespérés, les blessures drainaient dans un gargouillement sinistre le sang hors de sa large carcasse. Vassili devait beaucoup à ce gars là…Mais il avait merdé, et c’est lui le premier qui lui avait appris que dans ce métier, on n’a pas le droit de merder.

Moe avait descendu le cousin de Big Charly, Vassili avait descendu Moe. C’était aussi simple que ça.

Vassili passa dans le couloir, enjambant le corps du porte flingue égorgé, et descendit par les escaliers de secours. Ses chaussures trouées et son pantalon suranné étaient couverts de sang. Il allait devoir se changer.

***

Big Charly examine son paquet l’air satisfait. Il glisse ses pouces calleux dans les pinces de son veston bordeaux et tambourine de ses doigts couverts de bagues sur sa vaste poitrine. Un gros rire le secoue de la tête aux pieds, puis il marmonne :

« Bien, bien, bien… C’est réglo »

Il fouille dans un tiroir, tend une enveloppe fournie de billets à Vassili et lui tape sur l’épaule. « T’es bien beau fripé comme un prince, on dirait presque un homme ! Je t’ai rajouté un petit quelque chose de la part de Vladimir…Faudra qu’on recause affaire toi et moi... »


*

Vassili sort de chez Big Charly. Depuis qu’il est rentré de Kwanaï sa route se trace lentement, sans bavure. Ses combines sont des succès, il a la main leste et le meurtre facile. Il affiche un sourire vainqueur et traverse d’un pas conquérant le quartier.

Il s’arrête à une borne de taxi, contrôle rapidement le contenu de son portefeuille puis le glisse dans la poche intérieure de son par-dessus. C’est ce moment là que choisi un môme, qui le filait assez peu discrètement depuis une dizaine de minutes, pour se jeter sur lui dans une tentative désespéré de fauche. Vassili le dégage d’un large revers, sa main s’écrase sur la joue froide de l’enfant qui chancelle et s’effondre cul contre terre, ramassé sur lui-même. Vassili jette un rapide coup d’œil circulaire pour s’assurer que le môme n’agit pas en bande, et comme la posture du gosse ne lui dit rien qui vaille et qu’il n’a aucune envie de se prendre un coup de canif dans les côtes, il lui balance un grand coup de pied dans la tronche.

Le môme s’éclate sur le bitume, le nez en sang, la joue déformée par le coup. Des cheveux blonds pâles nimbes son visage de cupidon maigrelet, ses yeux bleus se perdent dans le vide. Un taxi débouche dans la rue. Vassili fait un geste dans sa direction mais ne peut s’empêcher de regarder à nouveau le gamin. Les images se mélangent dans son esprit, il partage un instant les impressions de l'enfant, il a faim, il a mal. Il se souvient du Septentrion et de l’autre gosse sur le trottoir d’en face. Il a froid. Le visage de Moe, le sang, l’odeur des tripes. Les longs doigts de Sophia qui effleurent son visage. Il a envie de vomir.

Le taxi s’arrête à sa hauteur. Il se détache du gamin, se penche vers le chauffeur et lui demande de patienter. Il enlève son manteau, attrape le gamin et le roule dedans. Il pue le sang, la boue, la pisse…Vassili le soulève -il ne pèse pas grand-chose évidemment- ouvre la portière arrière du taxi et s’installe avec le môme dans les bras. Le chauffeur lui jette un coup d’œil soupçonneux dans le rétroviseur que l’annonce de l’adresse de la résidence de Vladimir accentue fortement. Personne n’a envie d’aller se coller dans le guêpier des mafieux. Vassili déplace doucement le gosse, récupère deux billets de cent dans ses poches et les donne au chauffeur.

Le taxi redémarre.

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Ethan Millers

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MessageSujet: Re: [Rétro] Insouciance brisée - 20 ans plus tôt   Jeu 25 Oct - 1:08

Ethan ne comprit pas tout ce qu’il se passa autour de lui. Tout était aller trop vite.

L’odeur du pot d’échappement d’une voiture, la morsure d’un coup dans la mâchoire et l’impression que son nez était en miette. Le ventre plié, il tâta le sol cherchant un repère, la vision altérée par la faim, la fatigue et le coup qu’il venait de se prendre. La douleur de l’impact remontait de ses sinus et de sa mandibule jusqu’à ses tempes pour venir terminer sa course en se déversant sur ses joues fiévreuses par de grosses larmes.

Sa vue, sa situation, son ressentis. Tout était flou.

Il sentit son corps se faire soulever avec une aisance déconcertante par deux bras musclés. Désorienté, il regarda autour de lui ce qui lui arrivait. Son estomac comprimé grogna. Tant bien que mal, il reconnu la silhouette de l’homme au costume, la rue et le taxi. Avant qu’il n’ait pu réagir, il se fit envelopper dans ce qui semblait être un large pardessus. Secoué, il tendit la tête, penaud vers cet inconnu qui le portait. Il sentait la cigarette et l’observait d’un air presque …

... compatissant ?

Ethan ne pouvait pas bougé, ankylosé par sa couverture et son état. Il se fit balloter puis déposer dans le taxi, se retrouvant sur les genoux de cet inconnu au comportement étrange. Le chauffeur et lui s’échangèrent quelques mots, quelque chose. De l’argent ? La voiture démarra.

La fatigue rattrapa le petit corps du gosse bien installé. Ses paupières devenaient lourdes, son ventre se recroquevillait sur lui-même, grommelant inlassablement. Sa mâchoire pulsait chaudement sous la douleur. Depuis quand n’avait-il plus eu ce sentiment de protection ? D’abandon de soi ? Un souvenir vague lui frôla l’esprit. Une douceur chaleureuse, un sourire… Les buildings qui défilaient par la fenêtre le berçaient doucement. Dans cette sorte de bulle, le silence était reposant. Il ne comprenait pas ce qui avait poussé cet homme à le prendre avec lui…


…........


… Le prendre avec lui ? Cela faisait déjà plusieurs minutes que le taxi roulait et Ethan réalisait seulement maintenant qu’il s’était fait embarqué par un parfait étranger dans une voiture vers un endroit inconnu. Il rouvrit ses yeux, luttant contre la fatigue et gigota vers la fenêtre, essayant de mémoriser quelques rues, quelques enseignes. La panique le gagnait petit à petit. Ou est-ce qu’il l’emmenait ? Qui était-ce ? Qu’est ce qu’il allait lui faire ? Son cœur palpita de plus en plus vite.

Il se fit secouer sèchement par le gars, apparemment agacé de le voir bouger partout. Ethan s’arrêta, comme rappelé à l’ordre et du coup, observa un peu plus son « kidnappeur ». Il avait l’air sûr de lui. Son visage était très fin, un peu androgyne, des cheveux noirs de jais rapidement coiffés, lui donnant un air désinvolte, les yeux bleus, perçants. Lui aussi il le regardait.
Mais Ethan n’eut pas l’impression que c’était lui qu’il observait réellement. Comme s’il était plongé dans ses pensées, le regard perdu vers ce gosse qui lui rappelait quelque chose. Peut être un souvenir ? S’il avait voulu le tuer, il l’aurait déjà fait … Et cet air compatissant … ? Finalement, dans tout cette confusion de sensations, il lui fit penser à son père.

La peur se transforma à nouveau en appréhension puis en curiosité. Il ne savait pas pourquoi, mais Ethan décida de faire confiance à cet homme surprenant le temps du voyage...
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