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 Poudre blanche poudre noire

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Greta de l'Hesperanz

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MessageSujet: Poudre blanche poudre noire   Mer 17 Juil - 19:39

Le vent se levait doucement sous le ciel gris et fit s'envoler quelques feuilles mortes du caniveau blanc et sec. Elle leva les yeux au dessus du dôme oxydé du Grand Théâtre, de l'autre côté de la place, tandis que sa robe légère de lin vert pâle flottait autour d'elle.
Il n'avait pas plu depuis longtemps sur Range Harbor, pourtant depuis la Citadelle on voyait les gros nuages au loin déverser leur eau sur les terres et sur la mer. Mais Range Harbor était sec et chaud, c'était la fin de l'été.
Les quelques incidents survenus dans sa vie ces derniers mois n'avaient pas suffit à froisser sa plénitude. Elle se sentait étonnamment bien, comme si elle se doutait au fond qu'une bonne nouvelle allait arriver. Etait-elle contenue dans la lettre qu'elle n'avait pas encore ouverte ? Viendrait-elle d'un océan lointain ? Des majestueuses façades blanches de Sperandei ou des petits escaliers pavés des quartiers de Consortium où elle aimait écouter les jazzmen et manger des olives au romarin ?

Une brève bourrasque d'air chaud vint soulever ses cheveux et les coller à son visage. Elle dut les attacher avec un ruban pour pouvoir contempler les vitrines des grands magasins qui bordaient la place, et ses yeux se posèrent sur le reflet de la facade du grand Casino, derrière elle, et un soupir s'échappa de ses lèvres entrouvertes. Elle se sentait d'humeur frivole, elle voulait s'amuser... elle ferma les yeux et pensa un court instant au regard de pierre du directeur de ce temple du vice, à ses cheveux blonds noués d'un ruban noir et son sourire aussi charmeur que malsain. Ils ne s'aimaient plus depuis longtemps mais leur relation était comme une allumette dans la poudrière des hautes sphères de Consortium et il était dangereux; Greta éprouvait une attirance irrésistible pour le danger.
La jeune femme ne savait jamais ce qu'il allait faire d'elle, et il n'était pas sur non plus de ressortir indemne de leurs rendez-vous. Le bon-sens lui aurait dicté de ne pas retourner vers lui...

Elle abandonna la vitrine derrière elle et traversa la place. Le talon de son escarpin claqua sur la première des 18 marches de pierre blanche qui menaient au grand hall d'entrée du somptueux casino, et l'adrénaline commença à monter.

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Greta de l'Hesperanz

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Mar 23 Juil - 19:55

Un léger frisson le long de l'échine, sous les coutures de la robe, de l'électricité dans le ventre, les pas qui résonnent sur le sol marbré... Ses hanches voilées de vert pâle frôlèrent les tables de jeu inoccupées. Le casino était fermé car le soleil encore levé, mais le dragon était dans son antre, et il veillait sur son or...
Le cerbère assis près de la porte leva le nez de son magazine pornographique, reconnut la princesse, se leva précipitemment et s'inclina respectueusement. Avant qu'il n'ait eu le temps d'esquisser un geste vers la porte, les mains de Greta avaient saisi les poignées et les battants de bois sombre vermoulu s'ouvrirent.
Elle entra, referma à clé et s'avança vers le fond de la pièce. Elle longea le sofa, contourna la table basse et le guéridon portant les bouteilles d'alcools rares et effleura les fauteuils damassés.

Pendant ce temps, derrière le grand bureau chargé de souvenirs de voyages, la silhouette en contre-jour de Vasken laissait s'envoler les volutes de fumée par la fenêtre entrouverte... Greta vint s'asseoir devant lui, une cuisse sur le bureau et ils s'observèrent quelques secondes sans rien dire. Puis Vasken se leva, jeta son mégot par la fenêtre et souffla lentement sa dernière bouffée le cou tendu et les yeux au plafond, tandis que s'esquissait sur son visage fantômatique un demi-sourire étonnament enfantin.

"L'étoile filante est de retour..."

Il fit le tour du bureau, s'approcha lentement d'elle tandis qu'elle le suivait du regard, posa sa main sur son épaule nue et glissa doucement ses doigts sur la bretelle de la robe. Greta lui adressa un sourire, Vasken perdit le sien et la saisit brusquement par le cou pour la plaquer sur le bureau. La violence du geste surprit Greta qui eut à peine le temps de replier ses bras derrière elle pour ne pas se retrouver complètement allongée.

"Qu'est-ce qui te prend ?" dit Greta d'une voix si calme qu'elle se surprit elle-même. Elle posa ses doigts sur le poignet de Vasken. Il adouçit son visage, relâcha sa main, la fit descendre sur le décolleté de la belle, et sourit.

"Rien, excuse-moi." murmura-t-il en se penchant sur elle. Il saisit fermement l'arrière de sa tête, l'autre bras appuyé au bureau, et l'embrassa malgré ses réticences. Puis il se releva brusquement, fit volte-face et se dirigea vers le guéridon.

"Tu bois quelque chose."
"Non."

Vasken saisit un flacon, l'ouvrit, huma le contenu et saisit un verre, puis perça Greta du regard en souriant de toutes ses dents.

"Si."

La respiration de la jeune femme s'accéléra, elle eut soudain l'impression que sa robe lui tenait trop chaud. L'atmosphère volontairement étouffante de ce salon était calculée, of course. Elle écarta une mèche de cheveux de son cou, geste qui n'échappa pas à son amant. Elle saisit le verre qu'il lui tendait, ils les levèrent en échangeant un énième sourire mais aucun d'eux ne porta les lèvres au breuvage. Vasken posa brutalement son verre sur le bureau, les glaçons tintèrent, Greta eut un sursaut presque imperceptible, elle se releva mais Vasken la retint en posant sa main sur son ventre. Il se plaqua contre elle, l'obligeant à se courber, les deux bras tendus appuyés sur le bureau. Le rebord sciait la cambrure de Greta, elle fronça les sourcils car elle avait un peu de mal à respirer.

"Tu m'as joué de bien vilains tours, toi, ces derniers temps..."

Greta tendit le cou et approcha son visage du sien en esquissant un sourire insolent.

"Et je suppose que tu vas me punir ?"
"Peut-être... j'ai plein d'idées pour toi"
"Il y a un détail que tu sembles oublier..."

Greta saisit soudain d'une main le col de Vasken, de l'autre reprit appui sur le bureau et sous l'effet de surprise renversa la situation en le tournant sur lui même et se penchant sur son buste. Elle fut aussi surprise que Vasken de sa propre force mais ne se déstabilisa pas.

"... je ne suis pas ta chienne."

Vasken leva un sourcil, posa ses mains sur les fesses de Greta et les laissa glisser le long de ses cuisses, remontant lentement les voiles de la robe.

"Justement, si..."

*Je te tiens par la peur, car tu n'as rien dans le ventre* pensa-t-il. *Enfin, pour l'instant*

Il acheva sa pensée salace en reprenant aisément le dessus sur Greta, la plaqua d'une main sur le bureau, faisant tomber les objets, et arrachant de l'autre main les boutons de la robe. Greta étouffa un cri, saisit inutilement le poignet de Vasken. Celui-ci avait déjà déboutonné son pantalon et foudroyait Greta du regard lorsqu'elle libéra une de ses mains, sortit de son corset un fin tube de verre caché jusqu'à présent entre ses seins, arracha le capuchon avec les dents et avant que Vasken n'ait eu le temps de réagir, d'un geste rapide et précis elle lui planta l'aiguillon dans l'artère du bras droit en dessous de l'articulation, puis retira l'aiguille et la jeta par la fenêtre.

Vasken ouvrit de grands yeux, se releva, regarda son bras, regarda Greta qui reprenait son souffle, et ses lèvres tremblèrent.

"Salope... c'est quoi..."

Greta se releva lentement, réajusta sa robe, passa ses doigts dans ses cheveux et inspira un bon coup l'air pesant.

"C'est ta mort, Vasken. Lente et douloureuse, comme les années que j'ai perdues avec toi."

Elle passa devant lui, et il ne fit rien pour la retenir, car il savait qu'un jour ou l'autre elle planterait son dard dans sa peau... mais là, enivré par la jouissance cruelle de sa main mise sur elle, il n'avait rien vu venir et ne pouvait s'en prendre qu'à lui même.

La porte du bureau claqua, et Vasken se retrouva seul avec lui-même, un trou microscopique dans le bras et la peur qu'il n'avait jamais connue, qui s'immiscait désormais dans chacune de ses pores ainsi que le venin de la veuve noire... qui avait pris soin, par professionalisme, d'ommettre quelques détails quant à la date, l'heure et la cause de sa fin.
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Jeu 25 Juil - 19:46

[HRP:  Blandine si tu passes par ici et que tu préfères que Ethan ne soit pas cité dans ce rp, dis le moi et j'éditerai ]

Vladimir enfonça sa carcasse massive dans le corps  matelassé du Harding en cuir brun et passa sa main épaisse sur son visage. Il transpirait à grosses goûtes, la contrariété n’était plus de son âge. Il exhala lourdement.
Un infime trait de vent frayait par la fenêtre, soulevant à grande peine les rideaux brodés du Sperandei.  Leur flot velouté sourdait délicatement l’étouffante lumière brune de la fin d’après midi d’été. Sur le tapis de soie, entouré des hautes colonnes de la bibliothèque et des silhouettes puissantes des hommes de mains, gisait Vasken Unklargeburt. Et à quelques pas de là, Vassili Nicolaïevicth, calé sur le bois précieux du secrétaire, affichant un imperturbable sourire.

« Bah ! » éructa Vladimir en battant le vide de ses gros doigts « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de d’Alimbertès, Vassili…
-  Monsieur, si nous avons déplacé Vasken jusqu’à vous c’est pour qu’il ait le bonheur de vous expliquer lui-même la situation.
- Boup ! »

Le vieil homme darda un regard meurtrier sur Ethan Millers. L’insupportable Ethan Millers, comme à son habitude, répondait en lieu et place de son chef qui se contentait d’exhiber sa satisfaction, planqué derrière ses ray bans. Vladimir mâchonna un instant, plissant ses grosses lèvres, creusant des sillons dans ses joues flasques, puis revint à Vasken.

L’homme était en piteux état : son épaisse chevelure blonde s’était ternie et éclaircie. Sa peau pâle et trop maquillée, qui s’effritait par pans entiers,  ressemblait à la mue d’un reptile. Ses yeux fous, cernés et  injectés de sang, passaient d’un protagoniste à l’autre. Agenouillé, il serrait à sa gorge le pourpoint doré de sa chemise, contenant la douleur de ses viscères aracées par le poison. Il gardait cependant la tête haute, empli d’une morgue altière, refusant de céder à la putréfaction. Il empestait pourtant…Les médecines hypocrates et les parfums capiteux d’Alestra ne parvenaient pas à couvrir l’odeur de la sueur du malade, des vomissures,  de la merde. Vladimir frissonna lorsque le spectre de Vasken pointa un doigt décharné et accusateur dans l’évidente direction de Vassili avant d’articuler :

« Akh…C’est lui… lui et Elle ! Maudits !
- Dis moi tout mon gars… indiqua le parrain, d’une voix profonde et  calme en rivant son regard à celui de l’alchimiste.
- Elle avait tout calculé, depuis le début…Ce sont des serpents ! Elle, l’empoisonneuse, Elle veut ma place, ils n’ont aucun sens de…l’honneur des Alchimistes !
- Allons…Cause lui des d’Alimbertès mon ptit Vasken, susurra Vassili. »

Vasken se releva dignement, une main plaquée sur le ventre, tournant le dos à l’homme qui l’accusait et poursuivit d’une voix impérieuse :

- Je n’ai pas eut le choix de…de mes armes. Personne ici ne pouvait rien contre le mal qu’elle m’a infligé… Je ne vous ai point trahi, Vladimir, j’ai seulement prié les nôtres d’apporter un remède à une affliction que les technopolitains ne sauraient comprendre.
- Donc  tu t’es vendus aux gentils amis d’Arcturus pour un médoc, trancha Vassili.
- C’est Elle qui s’est vendue à vous, je le sais…Vous visiez mes biens depuis des mois !
- « Tes » biens Vasken ? ricana Vassili.
- Elle ? Coupa Vladimir avec autorité, imposant d’un geste le silence à son comparse.
- Greta de l’Hesperanz, monsieur, précisa Ethan, c’est marrant ce que tu racontes Vasken, de la part d’un mec qui a vendu des informations aux voisins…Et après tu t’étonnes qu’on avait des doutes avec le patron…
- SUFFIT ! Hurla Vladimir en s’éjectant de son fauteuil. Sortez de mon bureau ! Dehors ! Vasken, tu restes.
- Tu vieillis Vlad, c’est pas parce que tes petits copains sont tous des vendus et qu’on fait notre travail qu’il faut le prendre comme ça, c’est pas bon pour ta tension… Coula Vassili.
- DEHORS ! »

***

Vassili tassa le tabac de sa cigarette sur son poignet et se pencha sur l’allumette que lui tendait Ethan, puis exhala la fumée dans l’espace clos de la Phantom qui ressemblait déjà d’avantage à un aquarium qu’à une voiture.

« Et maintenant ? Interrogea Ethan, la sèche aux lèvres, caressant d’une main son bouc châtain, l'autre négligemment posée sur le volant.
- Il va laisser Vasken en place jusqu’à ce qu’il soit plus capable de marcher sans se chier dessus…Là il nous demandera de faire le ménage.
- Et pour Greta ?
- Faudra songer à lui envoyer une petite invitation, qu’elle nous explique un peu la merde qu’elle a foutu…
- Ouais enfin, une merde relative, ça nous évite d’emmener Vasken nous même en promenade…
- Et ça garde le vieux dans de bonnes dispositions, conclu Vassili calé dans son fauteuil en s’éventant avec son fédora bleu, Roule ! »

La Phantom dépassa les grilles ouvragées de l’imposante demeure du parrain et s’éloigna sur le boulevard brûlant.
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Jeu 22 Aoû - 0:18

Preston Shelter était une vieille et imposante demeure au charme surannée. Elle devait  sa situation enviable, sur les collines dominant la  ville, à son architecte et propriétaire : Lord Charles Preston, honorable membre fondateur de la Fédération. A ses pieds s’étendait le golfe de Range Harbor,  la mer plate, éblouissante, crevée par les grands voiliers de la Spiazza et les trainées sombres des gigantesques paquebots de fret.  Depuis  la terrasse, par temps clair, on apercevait  les côtes translucides d’Emporion.

Preston Shelter devait à son second propriétaire sa façade Art déco en marbre blanc, son immense salle de réception, son fumoir de 28m2 et sa piscine olympique démesurée.  Lorsque Richard Orsat fut retrouvé les pieds coulés dans du béton par huit mètres de fond dans le port, personne ne fut surpris de voir l’imminente bâtisse emportée aux enchères pour une bouchée de pain par l’un de ces arrivistes du Grand Nord.

Aussi, installé sur le belvédère, se tenait  son troisième et dernier propriétaire. A lui elle devait la mort du foyer, les meubles couverts d’un linceul blanc gardant de la poussière, les dépôts d’armes, d’alcools et de drogues qui ne faisaient que transiter par ses murs.

L’homme, les jambes jetées sur la table en serpentine, les revers du pantalon relevés sur les chevilles - et qui laissaient voir le laçage noir de ses chaussures en toile dans lesquelles croisaient ses pieds nus-, fumait une longue cigarette, lissant de l’indexe et du pouce les infimes aspérités de la palme tissée du bord de son chapeau. Un panama montecristi  qui lui avait coûté plusieurs milliers d’Ast, une dépense superflue et presque jouissive. Vassili Nicolaïevitch -dans son complet de lin blanc- s’appuya sur le dossier de la chaise en bambou clair, pencha la tête en arrière et ferma les yeux sous ses Ray-bans sombres.

A force de vivre dans le système, il était devenu le système. Il  avait suffisamment de sang sur les mains pour irriguer toutes les cultures des Habiltas pendant quelques années et assez de fric dans les poches pour s’acheter bien autre chose que Preston Shelter.
Il avait pourtant rêvé de cette maison, il avait rêvé de l’habiter avec sa femme et son fils. De porter chaque matin son regard sur l’étendue bleue de l’Apartadiza, de vivre comme ces gens qui habitaient les villes hautes du Septentrion. Avoir de l’argent à ne plus savoir quoi en foutre.  Avoir de l’argent pour vivre tranquillement, normalement.  Pour offrir à Nina ce qu’elle méritait vraiment.

Mais Nina n’était venue ici qu’une seule fois : elle s’était avancée dans le séjour, ses talons claquant sur le sol en damier, puis s’était figée au centre de la pièce. Elle avait pleurée en silence, le regard dans le vide, le visage fermé. Quinze jours plus tard, elle quittait en pleine nuit la chambre de l’hôtel privé du 24 Downstone street  à Consortium et sortait définitivement de sa vie.




Dans le silence caniculaire de la fin d’été, à peine rendue supportable par le vent frais du large dont bénéficiaient les hauteurs, résonnait à nouveau le tremblement des talons.

Tac tac. Sourdement sur le vieux marbre blanc de Sir Richard Orsat.

Tac tac. Les courtes enjambées nerveuses qui foulaient la propriété du vénérable fondateur.

Tac tac. Sur ce sol qui lui appartenait, ce sol qu’il avait gagné au prix de son humanité.

Tac tac, de plus en plus près, encore, et désormais juste à son côté.

Il ouvre les yeux et découvre à quelques centimètres au dessus de lui le court visage clair nimbé de boucles sombres, la bouche sanglante et sévère, les yeux olivâtres impitoyables.  Il sourit à l’apparition, elle détourne le regard.
Vassili se redresse, jetant ses jambes sous la table et relevant ses Ray-bans sur ses cheveux souples, le coude sur le dos de la chaise. Elle se tient debout, droite dans sa robe vieux rose tombant en pans de soie légère sur ses hanches. L’un de ses impeccables sourcils marque un accent circonspect, elle attend.  

« Je ne vous espérais pas aussi tôt…Votre conscience vous travaille ?
- Epargnez-moi ce chapitre et offrez-moi à boire, cette chaleur est inconvenante. »

Il regarde avec amusement Greta de l’Hesperanz s’asseoir en face de lui. Puis porte deux doigts à ses lèvres et siffle un larbin, déguisé en majordome, qui sort de la maison avec un plateau chargé d’une Vodka double et d’une Absinthe vert-intense et s’éclipse instantanément après service. Il désigne d'un geste mesuré le verre de la jeune femme :

« T’as noté, j’imagine, que t’es suivie de près ces derniers temps. J’ai cru comprendre que t’avais un faible pour les Absinthes anciennes  et les jazzmen. »

Greta avance la main et boit sans hésitation. Son caractère s’est affirmé, la peur s’est envolée avec la décision de liquider Vasken. Vassili  tend son esprit jusqu’à celui de la jeune femme et tisse une toile fine, apaisante, un flux synaptique sans heurt.  Elle détend ses épaules et ferme les yeux alors que la relaxe s’ajoute à son assurance. Il sourit et questionne avec une pointe d’ironie :

« Racontes-moi ta dernière visite au Casino de ce cher Vasken, Chérie, explique-moi…ce que tu cherches. »

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Greta de l'Hesperanz

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Jeu 29 Aoû - 18:24

Greta posa doucement son verre d'absinthe sur la table, à quatre centimètres de la bouteille. « chérie ». Ça commençait bien. Parce que sa robe moulait ses hanches et laissait voir le galbe de sa poitrine, les hommes se donnaient le droit de la traiter comme une poule en toutes circonstances. Elle balaya son agacement d'un mouvement de paupières et passa outre le manque de respect du à son rang. Après tout, pour Liekaterinev qui n'en avait pas, insulter la noblesse était le seul moyen de se sentir supérieur aux autres. Et si Greta était à sa merci dans le contexte, l'un comme l'autre avaient droit de vie et de morts sur leurs terres. Si Vassili posait un pied sur les siennes, elle pourrait d'un battement de cils le faire replonger dans la boue.

Mais ce n'était pas le point, et ça ne l'intéressait pas. A Consortium, où elle voulait avoir sa place (car les colonnes blanches de Cyrène et de Dystrisia ne lui suffisaient plus), l'approbation du Tigre était nécessaire et indispensable, alors elle garda son calme et consentit à fournir des explications.

« J'ai su qu'il magouillait avec les d'Alimbertès pour te supplanter. J'ai suffisamment de raisons de vouloir me protéger d'eux, et tous mes intérêts sont de ton côté. Je suis allée le voir pour lui donner une dernière chance d'arrêter de faire le con. Je n'ai pas eu le temps de parler, il m'a prise pour sa chienne. Il a voulu jouer au plus malin, j'ai mis fin à la partie. »

Un ange passa, puis Vassili finit par éclater de rire. Greta resta impassible, bien consciente qu'il se moquait encore d'elle. Lorsque son accès d'hilarité eut finit de secouer ses épaules droites et fermes, le père Liekaterinev reprit son masque où les larmes de rire qui n'avaient pas coulé scintillaient au coin de ses yeux de glace à peine ridés.

"Et si t'essayais d'arrêter de me mentir, non? Vasken et les d'Alimbertès ça date de ton petit numéro d'hypocratie. On peut reprocher beaucoup de choses à ce fils de pute mais certainement pas l'accuser de fricoter avec d'autres familles contre son intérêt..."

La jeune femme porta la main à son corset et saisit du bout des doigts une enveloppe abîmée au cachet rompu qu'elle lâcha négligemment sur la table devant Vassili qui marquait la pause en souriant de toutes ses insolentes dents blanches. Elle avait subtilisé le document à Vasken dans un de ses nombreux tiroirs fermés à clé. Le pauvre hère, trop occupé à la maudire et à lutter désespérément pour un semblant d'honneur, n'avait rien remarqué.

« Le problème des alchimistes... ils n'ont pas le téléphone. »
« Réessayes » à ce moment-là, Vassili lâcha son verre vide qui se brisa au sol. Le fracas cristallin fit sursauter Greta. « Refais-la moi avec un peu plus... d'émotion. » Il attendit en la fixant. La sorcière soupira, blasée par son attitude d'intimidation permanente. Ne savait-il donc pas faire autre chose ? Assurément, non.

« Encore un chapitre que tu aurais pu m'épargner. Tu sais pertinemment que je l'ai liquidé par intérêt personnel. Sinon je l'aurais laissé se pisser dessus pendant que tes garçons appuyaient leurs canons sur ses tempes. Et j'aurai regardé en buvant un gin. »

« Vendu. Nous avons programmé d'offrir à Vasken une petite balade ce soir et tu es invitée. Ça te donnera l'occasion d'apprendre à finir proprement ce que tu commences. »

Il se leva alors qu'elle réprimait une furieuse envie de lui foutre des gifles.

« Après, on parlera affaires » ajouta-t-il en saisissant son chapeau et sa veste. Il tourna les talons et fit quelques pas pour partir, et Greta lui lança avec une légère désinvolture :

« Très belle demeure ! Mais il manque quelque chose, je ne saurais dire quoi... »
Vassili s'arrêta net, resta de dos une ou deux secondes puis se retourna lentement, sourire aux lèvres.

« Il nous manque tous quelque chose... mais tu fais plutôt bonne illusion dans le décor. »

Il salua la jeune femme et d'un geste ample remit son chapeau puis disparut. Greta resta un instant sourcil froncé à se demander en quoi elle faisait « bonne illusion dans le décor », ne comprit pas même si elle savait (avec modestie!) qu'une brune pulpeuse de son genre détonait toujours partout, puis sans lancer un regard à ses chiens de garde qui la suivaient du coin de l'oeil, elle prit possession de Preston Shelter pour une journée.

C'était juste assez luxueux pour qu'elle s'y sente à l'aise. Un jeune homme tout à fait banal, en costume gris, attendait près de l'escalier. Le premier qu'elle croisait à ne pas porter d'armes -à moins qu'elle soit dissimulée dans la poche intérieure de sa veste, sûrement pour paraître moins agressif le temps d'être à son service. Il l'interpella d'une voix mal assurée.

« Mademoiselle de l'Hesperanz ? »
« Oui ? »
Greta se dirigea immédiatement vers lui, souriante.
« Permettez-moi de vous conduire à votre chambre et de vous faire visiter la maison... »
« Faites. »

Elle préférait largement ce garçon à celui qui semblait être leur "chef", un homme dégingandé à l'oeil vif et à l'allure peu rassurante, qu'elle avait croisé à son arrivée. Depuis, lui et ses cheveux lie-de-vin n'avaient cessé de l'observer.
Une valise attendait ouverte sur le grand lit qu'on lui avait réservé. Il y avait dedans une tenue plus adaptée à son excursion nocturne avec Vassili, ainsi que le superflu dont elle ne se séparait jamais.
Au bout d'une demi-heure, le jeune homme -qui s'était présenté sous le nom de Teddy Staedtler et qui lui rappelait un peu Tiburce, s'éclipsa. Greta profita d'être enfin seule pour flâner dans la bilbiothèque, sur le belvédère, mais l'ennui se fit sentir vers le début de l'après-midi. Elle aurait bien voulu sortir, mais n'y compta pas trop. Penchée au belvédère, elle constata qu'en contrebas, au bord d'une terrasse en pierre s'étalait une piscine.

Pas question de se baigner avec les hommes de main brisant toute intimité. Greta leva les yeux vers l'océan bleu vif et scintillant et se mit à rêver des majestueuses frégates alchimistes, de pirates et leurs trois-mâts impérissables, et des courageux corsaires les combattant. Elle pensa à l'un d'eux en particulier, qu'elle n'avait pas vu depuis si longtemps qu'elle en avait oublié le goût du sel et de l'écume mêlés à sa barbe et à ses cheveux... elle reforma son visage mentalement, se remémora les yeux bleus comme les abysses, le nez droit et noble, le sourire racoleur... elle aurait largement préférée être prise en otage dans ses cales que dans la belle demeure du buveur de vodka.

Puis ses pensées dérivèrent vers Vassili, justement. Il possédait sûrement plus d'humanité qu'il ne voulait le montrer. Cette maison en était la preuve. Elle n'était pas conçue pour un homme seul, et les draps recouvrant le mobilier montraient qu'il ne l'occupait jamais. Elle servait sûrement de dépôt, car une villa même la plus ostentatoire est plus discrète qu'un entrepôt sur les docks pour ce genre de business. Il ne l'avait certainement pas acquise uniquement pour cette usage, sans quoi il n'aurait peut-être pas pris soin de garder chaque meuble à sa place...
En observant la bâtisse et son jardin, Greta sentit quelque chose d'étrange et de mystérieux à ces lieux. Le vent léger soufflait et il y avait sur cette terrasse comme une odeur de Temps.

Ses investigations mentales furent interrompues par Teddy Staedtler qui devait attendre depuis plusieurs minutes derrière elle avant de détacher son regard de sa cambrure pour attirer son attention par un raclement de gorge. Elle se retourna.

« L'heure du rendez-vous approche... le patron va pas -ne va pas tarder à venir vous chercher »
« Bien, merci. Je vais me préparer. Ayez l'obligeance de me faire servir un mad dog quand je redescendrai. »

Greta voulait se sentir joyeuse pour assister à la sortie de son ancien amant. Comme elle l'avait dit, elle boirait un gin en le regardant dans les yeux au moment ou sa cervelle se répandrait sur le sol.

Elle se prélassa sous la douche aussi longtemps que nécessaire pour se sentir parfaitement détendue, puis revêtit une jupe courte et serrée et une veste brandebourg, des bas, un corset, des bottines à talon, le tout aussi noir que ses cheveux. Seules ses lèvres, comme d'habitude, éclataient rouges comme le sang.



Puis vint le soir.

Lorsque les pas de Vassili et de ses hommes retentirent dans le hall, elle descendit, souriante.

[HRP  dessiner quelque chose mais en fait j'ai juste pas le temps u_u' désolée]
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Lun 16 Sep - 0:54

HRP: restructuration plus pinable du poste. Dimitrov = nom de jeune fille de Nina. Mes autres auront donc du retard...mais ils sont tous commencés...


Les tours de Consortium, longs pions dorés par la chute du jour sur le quadrillage rigoureux des boulevards. A leurs pieds grandissait l’ombre d’où naissaient ceux qui faisaient la prospérité de Consortium : les tueurs, les escrocs, les proxénètes, les trafiquants… et à leur sommet le roi des voleurs.



Vassili laissait son regard passer d’un bâtiment à l’autre, silencieux. Il décrocha lentement de la baie vitrée et se tourna vers la longue silhouette racée de son garde du corps.  Nikita Ivanovich Dimitrov, frère cadet de Nina, fixait la photo de sa sœur encadrée sur le bureau d’acajou de Vassili : la jeune femme, le sourire éclatant, pressant contre sa poitrine un enfant pâle aux cheveux aussi sombres que ceux de son père.  
Vassili s’adossa  au mur tendu de tapisserie in-tissé vert sombre de son bureau, scrutant son beau-frère. Nikita était impassible, comme à son ordinaire, avec son profil droit, harmonieux, couronné de fins cheveux blonds. Sa tête portée par un grand cou délicat, ancré dans de longues épaules bien formées, n’inspirait rien de charnel : Il avait l’air de sortir d’une peinture impressionniste à la beauté éthérée. Il ressemblait à Seth.

Il tourna lentement son visage vers Vassili, révélant une longue cicatrice dense  courant de son cou à ses lèvres, fendant sa bouche en un rictus difforme. De sa chemise blanche impeccable dépassait le col de son gilet pare-balle. Seules ses mains gantées de noir, qui s’ouvraient et se refermaient compulsivement, trahissaient sa nervosité.  

La sonnerie du téléphone retentit soudain, s’étendant à trois longues reprises, puis se tut.

« Ethan est en place, Nik…annonça Vassili. Il va falloir jouer serré, si le vieux décide de changer de camp maintenant on  s’ra pas de taille face à  Alestra. Pars avec « le paquet »,  tu retrouveras les jumeaux et Kedran à Preston Shelter. »  

Nikita hocha la tête avec sévérité, boutonnant le col de sa chemise, ajustant sa cravate noire de croquemort. Il s’assura de son arme, la glissa dans son holster et quitta le bureau sans rien ajouter.  


***


Les frères Dimitrov, Andreï  « Hard-on » et Piotr « the thwarted », arrêtèrent en trombe leur Bugatti sport rouge dans l’allée pavée.  Devant le portail rouillé de Preston Shelter les attendaient déjà une voiture noire de « promenade » et quelques hommes parmi lesquels ne figuraient pas plus leur frère que Vassili.  Cependant la tête rousse et goguenarde de Kedran  Ellhakir, flanquée d’un môme d’une vingtaine d’année, faisait le planton au bas d’un grand escalier de marbre.

« Ben les gras vous n’êtes pas en avance ! lança jovialement le rouquin.
- Me cherche pas « Darkwater », répliqua Piotr, le visage fendu d’un sourire alors qu’il boxait l’air de ses larges poings, il est où Vassili ?
- Il vient pas ce soir, c’est Nikita qui prépare le piquenique et qui nous ramènes « le paquet », il ne devrait plus tarder d’ailleurs!
- Et sa seigneurie Ethan Millers ?  Grogna Andreï en étirant ses grandes épaules.
- Il gère avec le Don Sevastianev, c’est qu’il l’a mauvaise papy, ça l’enchante moyen de se friter avec ses petits camarades d’Alestra.  Ted’Kid, va chercher « la Dame » tu veux ? » Glissa Kedran au jeune homme.

Teddy étudia les deux jumeaux en s’éloignant vers la maison : ils étaient bruns,  larges et puissants, pesant un bon mètre quatre vingt-dix, d’authentiques cosaques. Ils arboraient à l’identique des chemises golfs chatoyantes enfilées dans des culottes de sport beiges aux chaussettes en tartans. Ils semblaient en route pour une partie de chasse amicale en campagne. Aussi paraissaient-ils sympathiques, les traits saillants et épais de leurs visages s’inscrivaient étonnamment dans un ovale doux qui leur conférait une dureté souple  et engageante assortie à leur voi de basse profonde. Andreï était gaucher et Piotr droitier, chacun de leurs mouvements s’insérait dans la continuité et la complétion de ceux de l’autre, ils formaient une pair à la fois accorte et inquiétante. Teddy savait en outre que leur réputation dans le milieu n’était plus à faire : leurs fortes gueules aimables étaient capable du meilleurs comme du pire et leur intelligence limitée accommodait un sadisme à toute épreuve.

Faire équipe avec ces gars là pour sa première sortie, c’était inespéré…Mais que la cible soit Greta de l’Hesperanz lui laissait un goût amer dans la bouche. Il avait passé plusieurs jours en planque à observer les faits et gestes de la jeune femme et, s’il était accoutumé à la violence de Consortium depuis son plus jeune âge, il lui paraissait invraisemblable qu’elle puisse atteindre un être aussi noble.


***


Nikita s’extirpa lentement de sa voiture et avança dans la cour de Preston Shelter.  Devant lui se tenaient :  Andreï,  les bras dans le dos et Piotr sautillant athlétiquement d’un pied sur l’autre;  ainsi que Kedran, un sourire carnassier sur son visage de fausset, Teddy, ses frusques sales adossées aux marbre précieux de la descente et Greta de l’Hesperanz. Nikita avança rapidement et sans bruit sur le pavage en échiquier puis tourna le dos à ses hommes. Il fixa  Greta qui, interdite, demeurait  à distance du groupe, recherchant Vassili des yeux. Il lui adressa la parole d’un ton égale, sans émotion :

« Il ne viendra pas. »

La jeune femme réprima un tremblement, puis adopta un air contrarié : « je vois… ». Ses cheveux sombres, ses yeux vert amande et son allure renvoyait désagréablement Nikita à l’image de sa sœur.  La partie intacte de sa bouche s’ourla d’un mauvais sourire grimaçant lorsqu’il tendit un bras rigide dans la direction de la voiture et articula :

« Si vous voulez bien…nous partons maintenant. »


*


Les deux Genestins noires quittent la route principale des Docks et s’enfoncent dans la forêt. La lumière rasante de la fin de journée décline rapidement à mesure que le cortège se perd dans les bois. Dans la voiture de tête, conduite par Kedran, Nikita et ses gardes du corps écoutent impassiblement les coups secs et les gémissements en provenance du coffre. Vasken s’est réveillé.  La deuxième voiture menée par Ted’Kid, emporte Greta de l’Hesperanz. Et derrière elle, souriants, les jumeaux Dimitrov.
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Greta de l'Hesperanz

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Lun 16 Sep - 18:19

"Tu as peur ?"

*Oui*

"Tu es entourée par le feu ! Pique toi !"

*Non*

"Alors, dès que tu seras descendue de la voiture, tu courras le plus loin possible"

*Non. Ce sont les lapins chassés par les fouines qui courent.*

"Tu es traquée, entourée de détraqués, tu vas te faire matraquer !"


*Ferme-la, veux-tu ?*

"Perdue, seule et perdue, le cortège funèbre s'enfonce, tu es prise dans les ronces ! Hi hi ! Tes lèvres tremblent, tes si belles lèvres qui ont embrassé tant d'hommes ! C'est le baiser de la mort qui t'attend !"


*Ce n'est pas la mort que je crains*

"C'est l'idée de la souffrance qui fait trembler tes os ? Tu la connais pourtant, tu la connais ! Pour obtenir les clés de ces sombres arcanes que tu as parcourues, ces morceaux d'âme que tu as sacrifiés, hi hi !"


*Nous sommes d'accord pour une fois.*


Greta se tourna vers le siège arrière. Entre les jumeaux se tenait une petite fille de huit ans aux boucles d'ébène et au sourire candide, enfoncée dans ses jupons de soie et dont le vert de ses yeux était si clair qu'ils en paraissaient presque blancs. Elle sentit sur elle deux paires d'autres yeux, brillants et cruels ceux-là.


"Vous n'êtes pas très bavarde, mademoiselle de l'Hesperanz" ironisa Piotr

"C'est que vous faites mal votre travail, alors" rétorqua l'intéressée en reportant son regard devant elle, toujours plus ou moins agacée par l'attitude des hommes de Vassili qui ne lui évoquaient rien de plus que de petits caïds de cour d'école. Elle métrisait les sbires, mais respectait Vassili. La logique aurait voulu, puisqu'elle passait tant de temps dans les profondeurs des labyrinthes alchimiques, qu'elle se range du côté des d'Alimbertès, qu'elle suive les tendances de son père.

Mais l'alchimie seule ne suffisait pas, ainsi que la magie et la technologie. Les obscures raisons auxquelles elle obéissait en contrepartie de ses pouvoirs grandissants l'avaient amenée à Consortium...

"Greta, Greta !" la petite voix flotta dans l'air. "Greta, Greta ! Savent-ils au moins que tu ne peux pas mourir ? Le savent-ils ?"

*Bien sûr que si, je peux mourir.*

"Vesper ne te laissera pas dans les bras de la faucheuse ! Il t'amènera dans ceux du corsaire jusqu'à ce que tu sois reposée !"

Le mot "corsaire" fit immédiatement monter les larmes dans les yeux de la jeune femme. Elle rêvait de lui, elle l'aimait et lui cachait tant de choses. L'amertume de voir son bonheur interdit l'avait transformée en femme impitoyable mais elle n'avait pas fait une croix sur Drake. Vesper était acharné et la tenait sous sa coupe; il ne l'épargnait point, mais se montrait aussi protecteur et gentil que cruel et intéressé. Alors la petite Greta avait raison. Il lui offrirait peut-être du répit avec son bien-aimé après Consortium.

Lorsqu'elle prit conscience que la nuit était tombée, le souvenir disparut et la voiture s'arrêta.
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Lun 16 Sep - 19:19

Noir.

Deux moteurs qui se coupent successivement.

Les bruits nocturnes de la forêts.

Des portes qui claquent, le sol foulé, les feuilles qui craquent.

Des voix: « Faites moi sortir ces connards de là ! »



*

Vasken rampe difficilement à terre, le visage dans l’humus,  les bras liés dans le dos par du fil de fer.
Il ne parvient pas à se redresser, les membres ankylosés par le poison et son voyage. Un peu plus loin il entend les grognements des deux autres hommes qui se trouvaient avec lui dans le coffre, des valets d’Arcturus. Il hoquette et vomit une flaque de liquide verdâtre teinté de rouge. Son visage émacié de mourant scrute ses agresseurs avec un air d’incompréhension torturée, il transpire à grosses goûtes et un gargouillement rauque s’échappe de ses poumons à chaque inspiration.  Dans la lumière des phares il aperçoit le galbe doux du corps de Greta...Il se met à hurler hystériquement:


« Ghh ! Qu’est-ce que… c’est… que ça ! Foutre hypocrate! Si Vladimir apprend… que tu m’as fait traiter… de la sorte…sorcière, tu vas le regretter !
- Tu la fermes Vasken. »


L’alchimiste se fige. Cette voix grave et narquoise aux accents féroces, c’est celle de Nikita « The slashed » Dimitrov, l’exécuteur de Vassili. Ses lèvres se mettent à trembler, ses yeux jaunis roulent dans ses orbites caves alors que sa face livide et suintante se tourne vers le grand homme blond balafré. Vasken bafouille un braillement désespéré :

« N..non…NON !NON ! Nik ! NON ! »

Sous le regard impassible de « The slashed », la main géante de l’un des jumeaux s’abat sur son épaule et le relève violemment. Le colosse s'esclaffe :

« Putain vieux, tu t’es chié dessus alors qu’on t’as pas encore touché! Ha ha ! »

Vasken sent le liquide chaud couler le long de ses jambes maigres, et l’odeur de ses propres tripes…Et plus lourd encore, l’entêtant parfum capiteux de Greta. Son corps convulse à plusieurs reprises alors qu’il réalise soudain la portée d’un châtiment qu’il a plusieurs fois ordonné sans jamais y assister. Il essaye encore une fois :

« Nik, par sainte pitié…
- Détache-le. » ordonne Nikita à son frère.  

Vasken ramène contre son corps ses bras meurtris. On s’est éloigné de lui. Il est seul dans la lumière des phares face à Nikita. Le Septentrionin enlève soigneusement sa veste, sa chemise et son pantalon, puis il retire son holster et son calibre et les pose sur le toit de la voiture, mais ne quitte pas ses gants. La scène est surréaliste, l’adrénaline pulse par vague dense dans les veines épuisées de Vasken. Enfin les jumeaux reparaissent, équipés de plusieurs clubs de golf, un grand sourire sur leurs larges visages.

« PUTAIN ça me casserait bien les COUILLES de dégueulasser un costume pour ça… lâche brusquement Nikita, à demi-nu,  en prenant en main un club.
- T’attends quoi pour courir, l’Alchimiste ? »



***


Les tours illuminées zébraient l'office de longs barreaux blancs. Vassili, était assis sur son bureau, échevelé, la chemise ouverte, un éclat de lumière barrant  son visage. Il porta sa cigarette à ses lèvres, ravivant la cendre rouge du mégot.
En s’attaquant ouvertement à Arcturus il donnait un coup de pied dans la fourmilière de Consortium. Il fallait que le vieux Vladimir reconnaisse avoir été dépassé par les Alchimistes et avoir échoué à rétablir de lui-même l’Ordre. Sinon… L’enlèvement des deux complices d’Alimbertès de Vasken signerait le début d’une nouvelle guerre intestine de la Main noire technologue, préparant à merveille le terrain de Consortium au raz-de-marée d’Alestra.  Quant à Greta de l’Hesperanz, si ce qu'il avait lu dans son esprit s'avérait correct, ses contacts dans les sphères des Arcanes Occultes laissaient à espérer une alliance fructueuse… Un pacte avec le Diable en personne.

Serrant entre ses doigts sa cigarette il plaqua la paume de sa main sur son front, et ferma les yeux. Il expira lentement. Cela faisait presque dix ans qu’il n’avait plus prit de risque concernant sa position. L’excitation croissante de ces derniers jours lui donnait le sentiment étrange de s’éveiller du long sommeil où l’avait plongé le départ de Nina.


***


Le loft en fer cueille violemment sa cuisse gauche, Vasken s’effondre de toute sa hauteur dans les feuilles mortes. Il regarde désespérément en arrière, entre les jambes de ses agresseurs il aperçoit les voitures, Greta et les hommes ligotés d’Arcturus,  il n’a même pas parcouru dix mètres. Au dessus de lui  « The slashed »,  flanqué de ses frères, lève le club de golf et l’abat violemment sur son visage.  L’os de sa pommette et plusieurs de ses dents éclatent à l’impact, son visage se couvre de salive et de sang.


***


Vladimir réajusta le col de sa robe de chambre de velours rouge et jeta un coup d’œil plein de haine à Ethan Millers et Lavrenti Dimitrov.



Lavrenti…Cette foutue larve blond filasse, avec sa gueule de six pieds de long et sa voix nasillarde de pédé. Le quatrième cavalier de l’apocalypse. Lorsqu’il était dans les parages il y avait fort à parier que s’y trouvaient également les autres Dimitrov, et avec eux les emmerdes.  Vassili jouait carte sur table désormais, et le vieil homme n’avait pas d’autre choix que de le suivre…ou d’abandonner. Abandonner aux d'Alimbertés le travail de toute une vie pour s’assurer qu’il n’atterrirait pas dans d’autres mains, rendre aux Alchimistes ce qui était aux Alchimistes ?  Une perspective à la con.  

Vladimir laissa tomber sa grosse carcasse dans son canapé. Il fulminait. Mais les pièces avaient été bien menées et le vieux singe ne songeait qu’à une seule chose : Son doberman, Whisper, une bête magnifique et intelligente qu’il avait fait abattre parce que l’animal devenait agressif. Oui, voilà, c’est ce qu’il aurait dû faire avec Vassili. Mais c’était trop tard, et maintenant le doberman se tenait derrière la porte, prêt à lui sauter à la gorge à la première occasion. Il fallait attendre désormais.

« Millers, prépare-moi un cigare, bon sang !
-Bien monsieur… »


***


Teddy traine le corps meurtri de Vasken par les pieds et le lâche à quelques centimètres du trou creusé par les hommes de main de Nikita. Greta de l’Hesperanz s’approche lentement du cadavre, Teddy s’écarte en évitant le regard de la jeune femme. Vasken Unklargeburt est méconnaissable, réduit à une masse sanguinolente démantibulée.  Il a avoué l’ensemble de ses trahisons aux frères Dimitrov et ainsi involontairement sauvé la tête de son ancienne amante.

Les deux hommes d’Arcturus sont sommairement abattus d’une balle dans la tête, Teddy regarde Kedran se pencher sur l’un d’eux et scalper sa longue chevelure blonde avant de la glisser dans un sachet en papier marron. Paquet destiné aux pontes d’Azura. Kedran siffle le freluquet et lui passe le sachet avec un grand sourire :

« Fait pas cette gueule gosse, j’peux t’dire que ça sent moins mauvais qu'quand c'est une bite! »
 
Ted’Kid laisse échapper un rire court et angoissé et détourne ses yeux du colis poisseux. Son regard tombe alors sur les jumeaux appuyés à la première voiture. Leurs culottes beiges et leurs chaussettes en tartan sont grêlées de sang, ils fument en souriant et étudient avec un air profondément obscène la chute de reins de Greta,  accroupie à côté de Vasken. Teddy sait que la jeune Alchimiste ne réalise pas qu’elle vient d’échapper in extrémis au jeu des frères Dimitrov, il déglutit difficilement, un poids glacé lui plombe l’estomac. Un peu plus loin, le grand corps pâle de Nikita et ses cheveux dorés  rappellent au jeune homme une gravure biblique pré-jonctionnelle.  


*


Nikita fixe le ciel étoilé, pantelant. Ses longs bras blancs et ses jambes sont couverts de fluides humains, ses doigts sont englués dans ses gants. Il baisse lentement la tête sur son gilet pare-balle souillé de rouge, sur son caleçon, ses chaussettes et ses Westons bicolores bousillés. Un bruit mat et pesant attire son attention du côté des voitures.
Greta vient de pousser du pied son amant dans la fosse. Elle arbore un air serein de satisfaction morbide et lisse du plat de la main sa jupe noire de jersey. Elle est un danger pour l’Organisation, il en est convaincu, et ses allures triomphantes alors qu’elle vient à peine d’échapper au sort de Vasken sont insupportables. Il approche en silence sans la quitter des yeux, la contourne. Elle ne s’est aperçut de rien.


*


Les hommes se tournent vers la jeune femme qui vient de pousser un hurlement aigu. Nikita la tient par les cheveux et la traine derrière lui, elle se débat laborieusement.  Ses doigts griffent le bras du Septentrionin  qui affirme sa prise, tire sa tête en arrière et la jette violemment sur le pare-choc de la Genestin.
Greta heurte la voiture, elle semble rebondir au ralenti, puis s’effondre. Piotr s’insurge :

« Oh putain merde ! Nika! Je croyais qu’on n’avait plus le droit de la toucher !!?  
- TA GUEULE ! »

Le silence tombe lourdement sur l’assemblée, laissant place aux murmures de la forêt. Teddy lâche un juron et détourne les yeux lorsque l’exécuteur retourne la jeune femme pour la frapper du poing. A califourchon sur le corps frêle de l’Alchimiste, Nikita articule :


« Ça t’AMUSE salope? Je vais t’enterrer vivante, PUTAIN! »
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Greta de l'Hesperanz

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Jeu 26 Sep - 15:37

Alors que l'étau se resserrait autour de sa gorge et qu'elle sentait la mort cérébrale approcher, Greta aperçut du coin de son œil rougi et gorgé de larmes la silhouette familière de Vesper appuyé sur sa canne entre les jumeaux. Son regard sombre devint rouge lorsqu'il le plongea dans la lumière crue des phares, il leva le bras puis frappa de sa canne la terre humide et disparut.

Greta sentit les portes du coma s'ouvrir et voulut relâcher son corps en même temps que son esprit. Mais la pression des mains de Nikita sur son cou crispait ses muscles et gonflait ses artères et sa chair refusait de laisser tomber son âme dans le tunnel. L'angoisse et la peur s'amplifièrent. Il fallait absolument qu'elle atteigne les Arcanes avant la mort cérébrale, et l'oxygène ne montait presque plus. Au moment où elle pensait que sa tête allait exploser, la petite Greta apparut sur les épaules nues de Nikita, translucide, pâle et à moitié effacée.

« Vesper t'attend ! » lança-t-elle a la jeune femme avec un sourire. Puis elle griffa les yeux de Nikita et explosa en poussière lumineuse. Le bourreau fut surpris par la sensation d'air glacé qui venait de zébrer son visage mais se reprit bien vite et recommença à malmener violemment le corps de Greta qui n'était maintenant plus qu'une poupée de chiffon, car deux secondes de répit avaient suffi à l'alchimiste pour plonger dans le tunnel et passer la porte.



La porte était haute comme une cathédrale, engoncée sous une voûte d'ogive soutenant une structure dont les sommets se perdaient dans les nuages sombres et chargés d'orage. La lumière jaune pâle des rayons qui tentent de percer un ciel lourd et noir après la pluie tombait sur l'étroite passerelle de pierre que Greta foulait pour gagner le parvis puis le porche.
Le double battant commença à s'ouvrir. Greta courut, s'engouffra dans le hall et traversa plusieurs couloirs et antichambres sous la lumière jaune déversée en rais poussiéreux par les claires-voies. Ses pas résonnaient sur la pierre grise, elle devait se dépêcher avant que la strangulation ne coupe l'apport d'oxygène à son cerveau.
Elle s'enfonça encore dans plusieurs couloirs, les fenêtres se raréfiaient et rapetissaient au fur et à mesure de son avancée. Elle avança bientôt à la lumière des torches. Greta connaissait cette partie des Arcanes par cœur, et savait où trouver Vesper. Elle faillit déraper dans un virage en épingle suivi d'un escalier de pierre noire seulement éclairé par les champignons fluorescent poussant dans les prospérités humides de la roche.
La descente vertigineuse de Greta l'amena à un tunnel étroit bordé d'alcôves dans lesquelles, lovés sur des couches de soie et de velours, des souvenirs somnolaient. Elle ne put ralentir à cause de l'élan pris dans l'escalier et poursuivit sa course dans les Tenants et les Aboutissants, rouges et sombres ou bleus et clairs, reliés de voies entrelacées bordées de colonnes couvertes de plantes grimpantes et de serpents de pierre.
Au centre d'une immense salle dallée de noir et de blanc elle croisa un homme vaporeux portant un complet, un chapeau et de petites lunettes rondes. Elle reconnut Vassili mais le temps de se retourner dans sa course, il avait disparu et elle avait changé de salle.
En franchissant un portail de fer forgé elle se demanda ce qu'il faisait là, mais c'était sûrement aussi un souvenir, à moins qu'il n'ait visité les Arcanes, ce qui était impossible car seuls les alchimistes en avaient les clés, ou alors elle commençait à divaguer et le temps pressait, et un choc violent brisa sa course et ses réflexions : elle venait de trébucher sur une marche.

Greta se releva prestement, trottina toute essoufflée sur le perron, ouvrit la porte et s'engagea dans la maison de Vesper.
Il l'attendait debout au milieu de l'immense salon baroque, l'air sévère, majestueux et élégant. Elle s'avança, le salua et s'assit sur le sofa. Le maître s'avança, posa sa paume sur le front de la jeune femme et lui fit pencher la tête en arrière pour la dévisager. Puis un sourire éclaira son visage et il laissa sa main caresser la joue de Greta qui sourit aussi.

« Nous n'avons pas de temps à perdre, ma chérie, même si j'aurais apprécié faire le point sur la situation à Consortium avec toi. « 
« Vais-je mourir de la main de ce technologue crasseux ? »
« Non, je ne le permettrais pas. Ce serait du gâchis et on ne trouve pas des potentiels comme toi au marché aux œufs. »

Vesper secoua sa longue chevelure brune et lisse et claqua des doigts. Une gargouille arriva en voletant, se posa sur le guéridon et se laissa tomber sur le dos. Vesper tira sa dague, trancha d'un geste le ventre de la créature, plongea la main dans les entrailles et en extirpa une sphère dans laquelle flottait un flux violet profond. Puis le Maître s'agenouilla et pointa la dague sur la gorge blanche de Greta. La veste et le corset disparurent, la pointe ouvrit une fente verticale sur la poitrine nue de la jeune femme, de la base du cou au centre du sternum. Greta serra les dents et crispa les doigts sur les coussins, et retint un cri lorsque le flux s'engouffra dans ses chairs. Elle avait l'habitude du rituel pourtant, mais ne s'habituait pas à la sensation de brûlure provoquée par la puissance du sigil.


La peau se referma, les vêtements réapparurent, Vesper leva la main et gifla violemment Greta. Le choc la ramena sur le capot de la voiture, écrasée sous le poids d'un Nikita fulminant de rage. Il ne s'était écoulé qu'une trentaine de secondes. Greta rassembla ses dernières forces, leva le bras et avec l'ongle du pouce traça violemment le signe dans la peau du septentrionnin.



Le sang commença à perler, une puissante lumière violette jaillit de sa poitrine et une déflagration l'éjecta à quelques mètres de la voiture. Greta fut aspirée par le souffle comme une poupée de chiffons, sa vue troublée l'empêcha de regarder les autres hommes. Elle reprit pied, chancela, puis tomba comme une feuille morte dans la poussière, aux pieds de Nikita qui se redressait sur son séant. Elle entendit des bruits confus et s'évanouit.

Noir.

[le deuxième dessin est juste super moche désolée]
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Vassili Liekaterinev

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MessageSujet: Re: Poudre blanche poudre noire   Mer 2 Oct - 10:58

La paire de Weston bicolores tachée de sang claque à grands pas résonnant sur la mosaïque noir et or. Dans son sillage les chaussures golfs jumelées avec leurs chaussettes en tartan et les santiags gravées rutilantes.

La porte double de l’office s’ouvre, inondant la pièce de lumière. A contre jour : Nikita, échevelé, son costume mal réajusté sur son corps couvert de traces brunes écaillées, la chemise ouverte sur une rune sanguinolente, porte Greta de l’Hesperanz dans ses bras.  La jeune femme pend comme une poupée de chiffon, son arcade droite et sa bouche sont gonflées et violacées, son cou est marqué de traces fraiches de strangulation.  Derrière lui, les jumeaux hilares  et Kedran le visage fendu d’un sourire de crocodile. Kedran avance vers le bureau, un sac en papier kraft imbibé de sang dans les mains.
Vassili se lève du fauteuil club depuis lequel il observait son équipe, s’avance dans la lumière et lâche calmement :

« Kedran, ne pose pas cette merde sur mon bureau. » Il s’avance, attrape sur une pile de documents le papier remit par Greta précédemment : la preuve noir sur blanc que plusieurs parts du Casino de Vasken appartenaient aux d’Alimbertès. Il plie soigneusement l’acte, saisit à deux doigts le sac dégoulinant contenant le scalp de l’un des hommes d’Arcturus, et glisse le tout dans une boite à cigare de Gian, la marque de prédilection du peu regretté Vasken Unklargeburt. Il tend le paquet à Kedran :

« Fais livrer ça par Ted’kid aux bureaux de l’ambassade de Cyrène. Maintenant. »

Le mercenaire imite un salut militaire, pivote sur ses santiags et s’esquive avec la boite sans demander son reste. Vassili se cale contre son bureau, les bras croisés, il dévisage les Dimitrov :

« Qui lui a fait ça ? »

Les jumeaux coulent un regard vers leur frère cadet, qui se tient impassible, droit comme un piquet et portant Greta sans effort, puis fixent simultanément Vassili. L’homme leur semble ridiculement petit, comme à chaque fois qu’il est en leur compagnie, dominé d’une bonne tête. Mais ils savent également qu’ils ne jouent pas dans la même catégorie, et que le respect qu’ils doivent à Vassili est à l’aune de ce qui les sépare des qualités d’un vrai mafioso : l’intelligence, l’honneur et la réactivité. Piotr lâche négligemment, suivit par Andreï ricanant:

« C’est bon, elle est juste un peu cabossée…Tu l’as pas vu faire ses… « trucs » là !
- Ouais un peu d’ peinture, c’est pas cher payé, il a fait que sdéfendre!
- Ok, ça suffit. Tirez-vous les gros cons, et  trouvez-moi un toubib. »
Tranche simplement Vassili, les yeux dissimulés par les éclats de lumière reflétés par ses lunettes.

Le bureau plonge dans le noir alors que les jumeaux referment la porte du couloir sur leurs talons. La silhouette de Nikita se découpe sur le fond de la fenêtre, entourée du halo blanc  des lumières hachées des immeubles. Un silence lourd de reproches s’installe entre les deux hommes. Ce n’est pas dans les habitudes du si carré Nikita de se laisser déborder par l’action. Il n’y a plus de marge d’erreur possible.

Vassili scrute la partie intacte du visage de « The slashed », il est lisse, encore jeune…Assez peu différent de ce qu’il était dix ans auparavant. Son regard en revanche ne reflète plus grand-chose d’humain. Nina avait raison, Nikita Dimitrov était mort lui aussi.  

Un nuage de fumée noire s’élève de la carcasse de la voiture de Sophia Liekaterinev. A quelques mètres de là, effondré au sol, Nikita rampe une main plaquée sur sa gorge ouverte. Vassili se penche sur lui en retirant sa veste pour l’appliquer sur la blessure. Dans la voiture, deux corps noirs calcinés. Vassili serre le jeune homme contre lui, la veste imbibée dégoulinant contre sa chemise. Le visage presqu’encore enfantin de Nikita prend une teinte grisâtre, il regarde hébété son costume de jazzman couvert de son propre sang puis perd conscience lentement. Plus loin dans la rue, au travers de la fumée opaque, se dessine Nina dans sa veste blanche de médecin,  courant dans leur direction sur ses hauts talons. Noir.

*


Vladimir, les mains croisés dans le dos sur sa robe de chambre rouge, regarde l’orage de chaleur éclater sur la ville. Les goûtes s’abattent violement sur la baie vitrée ouvragée, agitent l’eau de la piscine, détrempent les hommes de mains qui se précipitent sous le parvis. Le téléphone sonne, la voix de Lavrenti qui décroche :

« Ok, on arrive. »

Vlad se retourne lentement vers l’ainé des frères Dimitrov qui répond par un tranquille sourire en coin au regard noir du Parain. Lavrenti :
« Il semblerait que tout se soit déroulé sans encombre, nous allons donc vous laisser ».

Le vieil homme observe Lavrenti planter son chapeau sur sa tête après l’avoir salué, et quitter le salon à grandes enjambés dégingandées. La cogitation nocturne du vieux l’avait amené à une conclusion : Ces hommes n’agissaient  pas par ambition, ils poursuivaient une vengeance. Sophia avait laissé derrière elle le plus impitoyable des nettoyeurs : son propre frère. La machine était lancée, et aucuns de ceux qui avaient été liés à l’explosion de la voiture n’était invité à s’en sortir. Pendant plus de dix ans Vassili avait tiré les ficelles une à une, cherchant celle qui lui permettrait de remonter jusqu’aux commanditaires : jusqu’aux hommes qui avaient assassinés Sophia. C’était pour cela que sa femme l’avait quitté. Vladimir frotte sa grosse patte sur ses yeux ridés et se laisse tomber dans le canapé. Il regarde la Ford Class V quitter sa propriété sous des trombes d’eaux. Millers et Dimitrov sont partis, mais Vladimir est toujours otage de sa propre maison.


***


Greta de l’Hesperanz gémit sourdement et met une main devant son visage pour chasser les rayons du soleil. Vassili tire doucement sur la cordelette rabattant le store. La jeune femme laisse couler sa main sur son visage, s’arrêtant sur les meurtrissures enflées couvertes de cataplasmes, puis se redresse lentement sur le sofa. Vassili, cigarette aux lèvres, s’accroupit en face d’elle, cherche son regard et explique d’une voix entière et apaisante :

« Bouges moins vite, tu vas te faire mal. Tu veux quelque chose ?
- Je…à boire… »

La question était rhétorique pour Vassili, la réponse se trouvant lisible dans l’esprit de Greta. Il se lève lentement et lui ramène un verre et une aspirine. Elle se tient la tête à deux mains, oubliant confusément sa dignité dans la douleur et la colère. Il la regarde boire patiemment et parcours ses pensées avec une facilité surprenante : les voitures, Teddy, Vasken…Nikita et les Arcanes. Car cet espace profond, ouvert sur une infinité de consciences et de souvenirs ne peut qu’être les Arcanes. Le claquement du cul du verre sur le bois du guéridon sort brusquement Vassili de l’esprit de la jeune femme. Il cligne des yeux et recompose rapidement son expression affable, affichant un sourire rassurant, puis lui tend une série de papiers officiels :

« Les titres de propriété du Casino, de l’Hôtel et, bien sûr, de la maison. T’as plus qu’à signer et parapher  pour rejoindre les actionnaires Sevastianev. Les affaires persos de Vasken, ses comptes et sa voiture…ça va être un peu plus long, le temps que les condés acceptent de le mettre sur la liste des affaires sans suite.»

Greta saisit doucement les documents en murmurant une formule de politesse minimale et chargée de reproches puis fait mine de se relever. Vassili pose une main douce mais ferme sur son épaule, et ajoute avec un sourire désarmant :

« T’es libre de partir quand tu veux, j’ai un chauffeur à ta disposition et si tu préfères appeler un Taxi, tu peux. Mais tu devrais attendre que l’aspirine fasse son effet…
- … Pouvez-vous justifier le comportement de cet homme, le tueur…Nikita ? La question est murmurée, mais le regard est tranchant.
- No pain, no gain. »

La jeune femme cille, il tire une taffe de sa cigarette puis la glisse entre les lèvres de Greta. La lèvre inférieure de la jeune femme est fendue et semble douloureuse, mais elle ne proteste pas et fume en silence.  Ils s’évaluent quelques instants, puis Vassili se lève pour rejoindre son bureau. Elle glisse :

« Teddy…Enfin Ted-Kid. J’aimerais qu’il travaille pour moi…De toute façon si j’ai bien compris c’est lui qui me suivait ces dernières semaines…
- Hum, c’est d’accord. Il a une petite course à faire ce matin, après ça il est à toi. »


*

Dans le quartier des affaires diplomatique, écrasée par l’ombre matinale des hauts immeubles, s’agite comme des fourmis l’armée des fonctionnaires du Consortium.

Teddy enfonce sa casquette sur ses yeux, remonte son col, renifle un bon coup, case le paquet ficelé et emmailloté de Vassili sous son bras puis traverse la rue le séparant de l’Ambassade de Cyrène. Il se glisse à la suite des livreurs matinaux des Docks et l’air de rien abandonne son paquet dans l’office à la Dystrisianne.
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Poudre blanche poudre noire

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